Une réforme : pour qui, pour quoi ?
Bernard BOYER, Vigneron Indépendant à VISAN (Vaucluse), le 20 juin 2007 :
La réforme de l’agrément est en panne et rencontre une forte opposition de la part des vignerons. A y regarder d’un peu plus près, ce n’est guère surprenant ! Le moment est d’abord fort mal choisi. Quand le souci prioritaire de nombreux vignerons est la survie à court terme de leur exploitation, ils ne sont pas très réceptifs aux ODG, RTH, OC, OI, CAC... Les objectifs de la réforme n’ont pas été clairement établis. La seule raison avouée est la mise en cohérence de la viticulture avec les autres productions agricoles bénéficiant de labels où les contrôles sont effectués par des organismes indépendants, et non par la profession c'est-à-dire par ceux qui sont contrôlés. Pour parvenir à cet objectif, il n’était pas nécessaire de remettre en cause tout le système d’agrément. Un autre des objectifs de la réforme, un peu moins avoué, mais sous jacent, est l’amélioration de la qualité des vins. Ce problème existe mais il est certain que la réforme de l’agrément, telle qu’elle est conduite actuellement, n’apportera rien et ceci pour plusieurs raisons. Le maître mot de la réforme est contrôle, or il y a encore plus de vignerons que de contrôleurs, il n’y en aura donc pas un pour chacun. Les objectifs n’ayant pas été définis, les groupes de travail qui se sont créés pour travailler sur la réforme se sont éparpillés. Pire encore, certains se sont crus investis d’une mission de sauvetage de la viticulture française et ont commencé d’inventer de nouvelles règles guidés qu’ils étaient par des intervenants, qui pour la plupart, n’ont jamais vinifié un litre de vin ou rempli un dossier d’agrément. La réforme de l’agrément cherche à tout contrôler et enfermer dans un cadre général applicable à tous. Or, dans le cas précis l’amélioration nécessaire de la qualité est la somme de cas particuliers et ne peut pas être vue sous la forme de « je ne veux voir qu’une seule tête ». Or nos dirigeants (Centres de dégustation, INAO) ont le privilège de voir passer depuis plusieurs décennies toutes les cuves de tous les vignerons et avaient donc tout le temps de faire une analyse détaillée des manquements à la qualité. On n’en a jamais vu une seule. En revanche, ils n’hésitent pas à mettre en place un système dont rien ne dit qu’il sera meilleur que le précédent (on est à peu près certain du contraire) et dont on est certain qu’il coûtera plus cher. Et pour couronner le tout, il existe un émulation malsaine entre les appellations pour pouvoir dire qu’on a été bon élève et qu’on a été le premier à trouver LA solution. Les vignerons attendent de leurs dirigeants qu’ils les aident à améliorer leur compétitivité, pas qu’ils inventent des systèmes qui les empêchent de travailler. Bernard BOYER. Si, comme Bernard BOYER, vous voulez prendre la parole. Envoyez votre texte à l'adresse suivante : blogaoc@yahoo.fr ! Si vous souhaitez simplement réagir briévement, cliquez sur "Commentaires" ci-dessous.
Commentaires (5) :
Merci à Bernard Boyer. d'avoir précisé que la réforme INAO ne répondait, ni à la problématique qualité ni à la crédibilité de la mention AOC pour le consommateur. Je suis convaincu par une longue expérience de dégustateur d'agrément et de responsable syndical AOC, que nous pouvions améliorer le système actuel d'agrément sans usine à gaz a condition que l'on nous ai consulté ?
J'avais mis en place, dans notre appellation, dès 1976, un système de prélèvement dans les caves par un agent agréé par l'INAO, de 4 échantillons par récipient, sous numéro de code, un échantillon allant a un des laboratoire agréé, qui ne savait pas d'ou venait le produit et qui fournissait une analyse à la commission de dégustation.un échantillon présenté à la première dégustation, en cas d'ajournement on avait le 2° échantillon et en cas d'appel le 3°. Pendant longtemps la Répression des Fraudes participait à l'agrément, ils ne viennent plus, je ne sais pourquoi? Cette méthode nous permettait de suivre la qualité de chaque cave, et l'oenologue du syndicat pouvait conseiller le producteur ou le responsable de la cave coop, en cas de problèmes. Il suffisait de compléter la composition légale de la commission pour y ajouter des membres extérieurs aux producteurs et professionnels. Par ailleurs lorsque nous avons mis en place l'Interprofession , un contrôle aval qualité a été organisé, par des prélèvements sur les linéaires de la GD ou chez les cavistes et des dégustations par des membres interprofessionnels, qu'il suffisait de compléter par des consommateurs. Mais tout cela était trop simple sans doute pour des technocrates loin des rélités de terrain.
Le système d'agrément des AOC, après avoir été un formidable accélérateur de progrès aux niveaux de chaque cave de producteur, ne remplissait plus (pas) le nouvel objectif assigné, qui est de garantir une qualité au consommateur.
Dans la mesure où, le contrôle s'exerce à la production sur des lots qui ne seront pas commercialisé en l'état, il ne peut en être autrement.
Il serait donc, logique que l'on rapproche les contrôles au plus près du lot commercialisé, et ce, quelque soit l'opérateur.
Que des objectifs à atteindre soient définis et que l'on laisse les vignerons le choix des moyens.
Cette réforme est une usine à gaz qui enlève la maitrise de la production à la profession, marginalise l'INAO, véritable parlement interprofessionnel, repousse son personnel à devenir des contrôleurs du contrôle alors qu'ils devraient être des techniciens accompagnateurs des syndicats des AOC (pardon des ODG). Publié par Régis CASTAGNET | 23/06/2007
Réflexion sur la réforme,
La réforme de l’agrément était nécessaire, car la situation que nous vivions était absurde.
En effet la quasi-totalité des vins AOC recevaient leurs certificat d’agrément seulement quelques mois après les vendanges, et ceci pour une durée illimitée.
Les suivis avals réalisés par les interprofessions montraient qu’une partie non négligeable de nos produits étaient en dessous du seuil acceptable de qualité.
Quelques syndicats soucieux d’être à l’avant-garde de cette réforme se sont lancés dans l’élaboration de cahiers des charges de type industriel. Ainsi, dans les commissions d’élaboration du RTH, les techniciens et certains responsables viticoles nous ont répété que nous étions des professionnels irresponsables. Qu’il fallait combler le manque de contrôle des services de l’état sur le respect des normes obligatoires.
Nous allions tout droit vers la certification.
Il a été clairement dit que le vigneron certifié serait moins contrôlé que les autres !
Non, la certification n’est pas signe de qualité au sens où l’entend l’AOC, c’est une démarche d’entreprise et très personnelle.
L’AOC est le produit de terroir par excellence, nous devons simplement en contrôler les produits défectueux par des contrôles de dégustation sérieux et aléatoires.
Arnaud Guichard , vigneron certifié Qualenvi
Publié par GUICHARD ARNAUD | 24/06/2007
En effet l'application de cette reforme n'est pas forcement tombé dans de bonnes mains.
L'INAO n'a certainement pas vu grand chose de ce qui se passe sur le terrain, mais a t'elle vu ce qui se passait chez elle, au sein de ses commissions de travail?
Ma réponse est non, sinon elle aurait empecher cette dérive terrible pour nos AOC !
Nous passons d'une logique de résultat à une logique de moyen et c'est en cela que nos AOC vont en être fondamentalement changé.
Ma conception de l'AOC est tout autre, elle se situe dans la preservation de nos terroirs, c'est ce qui a fait la force de la viticulture Française depuis plus de 50 ans maintenant.
Un AOC est d'abord obtenu sur un territoire particulier avec des savoirs faires particuliers et transmis de génération en génération. C'est cette richesse qu'il faut garder et preserver, car c'est de là que part notre valeur ajouté.
Un vin AOC se fait d'abord à la vigne, le travail à la cave ne devant consister qu'a preserver cette matière première differente d'un terroir à l'autre.
C'est parce que l'on est en train d'oublier cette verite que l'on va condamner nos AOC.
La réforme de l'agrément proposée est préocupante à plusieurs égards.
Dans le fond, l'objectif caché est la mise en place des sites d'exception quelque soit la formule proposée: système de points ou système à pression progressive qui anesthésie les récalcitrants à la réforme pour masquer la saignée sociale qui en découlera.
Le système à points a échoué en Alsace grâce à la lucidité de quelques VIF.
Le système progressif est dangereux parce que le débat est fermé : les critères sont ultras mis en place par des intégristes. Certains sont sans fondements scientifiques et irrationnels De surcroît ils ne tiennent pas compte des accidents climatiques répétitifs.
Depuis 3 ans, nous avons 150-200 litres d'eau (3ème semaine de septembre), 150-200 litres d'eau la 1ère semaine d'octobre.
Les méfaits doivent être rappelés parcequ'on semble les oublier: ravinement important du sol, augmentation du pH du raisin , chute des acidités, décomposition pelliculaire, développement de la pourriture, acidité volatile accrue.
J'ai compris que le vigneron doit se soumettre corps et âme pour grandir dans le Zénith des Dieux du Vin. Les vins seront livrés aux nouveaux jurys populaires chargés de définir le "type" accepté dans l'appellation. Ceux qui définiront le"type" ne présenteront plus leurs vins parce que abrités par un système théorique qui leur confère une immunité diplomatique.
Nous entrons dans l'aire légiférée par les psychopathes et les narcissiques. C'est le seul choix
de société que nos dirigeants nous proposent!
Combien serons nous encore après son application? Après la mise sous tutelle, les Banques via les Safers et leurs dirigeants aux parachutes dorés se frotteront les mains
Enfin les 10% de vignerons voyoux dénoncés dans le Monde par RENOU pourront faire main basse sur les appellations françaises.
Le mutualisme paysan reste fidèle à sa seule raison d'être : pour mettre trois paysans sous un parapluie il faut en tuer deux!
IL EST URGENT DE CHOISIR ENTRE LE PARAPLUIE OU LE PARASOL!!! Publié par Christian KOEHLY | 26/06/2007
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